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Diandra Tchatchouang : Son double projet

Ailière de l’Equipe de France et du Lattes-Montpellier, membre de la Commission des athlètes de Paris 2024, la basketteuse Diandra Tchatchouang prépare les Jeux de Tokyo 2020 tout en développant des initiatives citoyennes et sportives pour les jeunes de sa ville d’enfance. Après s’être appliquée à elle-même le premier principe de l’Olympisme, qui est de concilier sport et éducation, Diandra veut partager son expérience et transmettre ce qu’elle a appris aux nouvelles générations.

Au gymnase et nulle part ailleurs

93, c’est inscrit sur son maillot et c’est gravé dans son cœur : la Seine-Saint-Denis fait partie de Diandra Tchatchouang. Elle a grandi à la Courneuve, y a fait ses premiers dribles et est revenue y créer son association. En évoluant sous ce numéro, en équipe de France comme chez les Gazelles de Montpellier, Diandra a choisi d’associer son département à ses victoires : « Pour moi c’est une façon de faire passer un message positif sur la Seine-Saint-Denis. »

Mais revenons un peu en arrière. En 1999, Diandra a huit ans. Pendant les vacances, elle et sa sœur Paula observent, à distance, leurs cousins jouer au basket. Ils sont plus âgés, et ce sont des garçons : pas simple d’aller leur disputer la balle…Mais les deux sœurs ne se découragent pas. A leur demande, leur mère les inscrit dans un club de basket.

Chez les Tchatchouang, si l’école est primordiale, le sport l’est tout autant. Les parents travaillent beaucoup, y compris la nuit, et font confiance aux éducateurs sportifs pour encadrer les enfants. Avant de découvrir le basket, Diandra pratiquait le judo et Paula la danse.   

Très vite, le club devient pour Diandra «  le seul endroit où j’avais vraiment envie d’être, et nulle part ailleurs ». Après les cours, elle file au gymnase et s’entraîne le plus tard possible. Quand l’entraînement est fini, elle reste regarder les matchs des autres équipes. Et quand tout le monde est parti, elle continue, seule, à faire des shoots face au panier. De retour chez elle, elle s’extasie devant les exploits des équipes de Bourges et de Valenciennes.  Pourtant, devenir une championne n’était pas une évidence : « au début j’avais un vrai problème de coordination». Il n’empêche, elle est très vite surclassée. Ça pique un peu Paula, de quatre ans plus âgée, de voir la cadette évoluer au même niveau qu’elle. Entre la « petite pile » et la « grande calme », la compétition fait rage au début. Mais « c’était de bonne guerre » rigole aujourd’hui Diandra. Quand l’ainée prend conscience du potentiel de sa sœur, elle devient sa première supportrice et n’aura de cesse de veiller sur son parcours.

Etape après étape

Une autre personne jouera un rôle déterminant pour Diandra : Sonia, sa première coach. Joueuse dans l’équipe sénior, elle entraine les petites pendant son temps libre. Une femme qui mène tout de front – elle s’éclipsera le temps d’une grossesse puis reprendra ensuite son rôle de coach – et fait découvrir à Diandra les différentes étapes d’un parcours de championne : Pôle Espoir, Insep, etc.

A partir de là, Diandra, à qui tout le monde prédit un destin en or, gardera la tête froide et se fixera pour objectif d’atteindre la prochaine étape, puis celle d’après. Sans jamais perdre le contact avec les premières personnes qui ont cru en elle, à la Courneuve.

D’abord donc, le Pôle Espoir d’Ermont-Eaubonne qui accueille les meilleurs potentiels d’Ile-de-France et qu’elle rejoint à 12 ans. Elle y dispute ses premières sélections régionales.

Deux ans plus tard, c’est à l’INSEP, la fabrique des champions olympiques et paralympiques français, qu’elle fait son entrée. Une étape décisive pour la jeune fille. Sur le site de vingt-huit hectares de l’Institut, où les installations sportives de top niveau côtoient les salles de classe, Diandra découvre le double projet, sportif et scolaire.

Concilier sport et études

A l’INSEP, les cours sont aménagés pour permettre deux entraînements quotidiens. L’école est une condition sine qua none de la poursuite du parcours sportif.

Jusqu’en classe de 6e, Diandra n’était pas une bonne élève. A l’INSEP, elle se révèle :  « J’ai appris à aimer l’école, simplement en m’y intéressant. »

Elle double sa moyenne et comprend que préparation physique et enseignement sont deux voies qui mènent vers une même réussite.  Ce goût des études va déterminer ses choix. A dix-huit ans, elle décide de rejoindre la National Collegiate Athletic Association (NCAA) pour étudier à l’université du Maryland, aux Etats-Unis. L’université américaine offre alors plus d’opportunités aux joueurs professionnels pour concilier carrière et enseignement supérieur.

Aujourd’hui, Diandra est à la tête d’un palmarès dont n’aurait pas osé rêver la petite fille qui regardait ses cousins faire des paniers. Avec l’Equipe de France, elle est trois fois médaillée d’argent à l’Euro ( 2013, 2015 et 2017), et participera en 2020, à Tokyo, à ses premiers Jeux Olympiques. En club – Bourges puis Montpellier -, elle a remporté l’Eurocoupe (2016), deux titres de Championne de France (2015 et 2018), et trois Coupes de France (2014, 2017 et 2018).

Pourtant, tête froide toujours, elle a conscience qu’une carrière de haut-niveau reste fragile,  et qu’il faut déjà préparer la reconversion. Surtout quand on est une femme.

«  Dans le sport, une athlète femme se donne autant qu’un athlète homme. Et pourtant, nous n’avons pas la même reconnaissance, et c’est vraiment rageant. Aujourd’hui encore il est rare qu’un match féminin soit retransmis en prime time sur une chaine grand public.»

Transmettre

Championne et citoyenne, Diandra a décidé de s’engager pour contribuer à changer les choses.

Elle s’est posée la question : de quoi j’aurais eu besoin, quand j’étais cette petite fille qui restait le plus tard possible au gymnase ? Cela s’est imposé comme une évidence : mettre à la portée des jeunes sportifs de la Courneuve son cher double projet.

« Study hall 93 », l’association qu’elle a créée, offre  des cours de soutien scolaire aux jeunes licenciés des clubs sportifs locaux– basket bien sur, mais aussi foot, boxe, Taekwando. Le but est d’éviter l’errance entre l’école et le gymnase. Une heure d’étude leur est donc proposée gratuitement, entre la fin des cours et le début de l’entrainement. Comme ça, les enfants rentrent chez eux en ayant fait leurs devoirs.  

Parallèlement, Diandra a créé « Take your Shot », une journée par an dédiée aux jeunes basketteuses U13 et U15 de la Courneuve. Le matin, elles participent à un tournoi de basket ; l’après midi, elles rencontrent des femmes inspirantes, qui leur racontent leur parcours et prennent le temps de répondre à leurs questions. Des journalistes comme Rokhaya Diallo, des sportives comme Gwladys Epangue, ou des profils plus atypiques, comme l’institutrice et rappeuse Amy Sibide : toutes viennent encourager les jeunes filles à croire à leurs rêve et à travailler pour y parvenir. « A chaque fois je constate à quel point ce temps est important, s’enthousiasme Diandra : la parole se libère, elles posent plein de questions ».

Ouvrir de nouveaux horizons aux jeunes filles de Seine-Saint-Denis…tout en préparant Tokyo 2020 ; Diandra a trouvé son nouveau double projet. 

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