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Marie-Amélie Le Fur : N’ayons pas peur de nos ambitions

Marie-Amélie Le Fur est plus qu’une athlète, elle est une ambassadrice de l’athlétisme paralympique. Multiple championne et médaillée en para-athlétisme, elle est également à la tête du Comité Paralympique et Sportif Français depuis fin 2018. Marie-Amélie et Paris 2024 c’est une histoire commencée il y a quelques années déjà. En décembre 2015, elle était nommée co-présidente du comité des athlètes de Paris 2024, aux côtés de Teddy Riner. Depuis, elle a parcouru un chemin qui la mène des pistes d’athlétisme au siège du CPSF.

L’athlétisme c’est une passion commencée toute jeune, alors qu’elle a juste six ans. L’engagement physique et le dépassement de soi sont deux éléments qui parlent à la petite fille. Deux éléments et un talent, qui, en grandissant l’amènent à remporter des titres au niveau départemental et régional. En 2003 elle réalise même la 4e meilleure performance française sur 1000m. Marie-Amélie a des envies de compétitions, et un rêve au-delà de tout, devenir sapeur-pompier.

En 2004, à l’âge de 15 ans, sa vie bascule en raison d’un accident de scooter. Les médecins tenteront de sauver sa jambe gauche, en vain, trois jours après la décision est prise, c’est l’amputation, sous le genou. Son rêve de devenir sapeur-pompier s’écroule à jamais, mais pas celui de courir à nouveau. Courir différemment oui, mais courir ; et prendre du plaisir. Son entourage, famille, amis, la soutient dans ce rêve.

Une prothèse pour la victoire

La jeune fille met toute son énergie pour revenir au plus vite. Son entraineur, Cyrille Nivault, toujours présent à ses côtés, l’accompagne, il la suivra des bassins de rééducation jusqu’à la piste d’athlétisme. Les médecins pronostiquent un an avant de pouvoir reprendre la course. Quatre mois seulement après son accident, elle est de nouveau sur une piste d’athlétisme, avec une prothèse cette-fois ci. Et une catégorie, la T64*. Elle réapprend à courir, à apprivoiser sa prothèse. Son talent est toujours là, sa détermination plus forte que jamais.

Rapidement repérée par les cadres de la Fédération Française Handisport, seulement deux ans après son accident elle intègre l’Equipe de France aux championnats du monde d’athlétisme, où elle remportera trois médailles d’argent. Elle côtoie les athlètes féminines de l’équipe, Patricia Marquis, Nantenin Keita : « Elles ont été là sur mes premières sélections, aux débuts des Jeux, elles m’ont aidé à avoir confiance en moi, à me construire en tant qu’athlète. »

Depuis, elle enchaine les performances au plus haut-niveau paralympique dans ses deux spécialités : le sprint et la longueur. Aujourd’hui, son palmarès a de quoi faire rêver les plus grands : huit médailles paralympiques, dont trois titres, et douze médailles mondiales, dont quatre en or. Elle est également détentrice du record mondial à la longueur (6m01).

Recevoir pour mieux donner

Quand elle évoque les entrainements, les victoires, les défaites, sa prothèse, Marie-Amélie emploie invariablement le « nous ». Ce « nous » réunit sa famille, son mari, ses entraineurs, les cadres de la fédération, son prothésiste, ses partenaires et amis, les autres membres de l’Equipe de France… ce nous pour rappeler en filigrane qu’une carrière pareille ne se fait pas seule.

Ce nous, c’est aussi le mouvement sportif à qui elle souhaite rendre tout ce qu’il lui a apporté. Elle a donc choisi de s’engager. En 2017 tout d’abord, comme présidente du comité départemental handisport du Loir-et-Cher, puis depuis le 14 décembre 2018, comme présidente du Comité Paralympique et Sportif Français. Dans un contexte où l’on sait que seules 14 femmes dirigent une fédération sportive sur les 117 fédérations que compte la France, et qu’une seule dirige une fédération sportive olympique (Isabelle Spennato-Lamour, pour la fédération d’escrime), ce n’est pas rien.

Il faut arrêter de voir le handicap comme une perte de capacité, mais plutôt comme une occasion de fonctionner différemment, de faire les choses de façon complémentaire.

Marie-Amélie confesse, se présenter à ce poste n’était pas une évidence, c’est Emmanuelle Assmann, présidente sortante, qui lui a soumis l’idée. Elle hésite, puis décide de se lancer : « J’ai réalisé que je ne serai pas seule dans ma tâche, que l’équipe du CPSF allait m’entourer. Ils ont mis en valeurs mes capacités, et j’ai réalisé que même si je n’avais pas les compétences le jour J, je travaillerai pour les acquérir. »

Favoriser la pratique des jeunes

Marie-Amélie attend des Jeux Paralympiques de Paris 2024 qu’ils permettent une prise en compte de la société sur les capacités des personnes en situation de handicap : « Il faut arrêter de voir le handicap comme une perte de capacité, mais plutôt comme une occasion de fonctionner différemment, de faire les choses de façon complémentaire. »

Elle souhaite en particulier, faire entendre la voix du mouvement paralympique en France pour les jeunes « pour que chaque enfant atteint d’un handicap connaisse la possibilité de faire du sport. » La pratique sportive pour tous oui, mais ce que Marie-Amélie observe de l’intérieur, depuis qu’elle a 18 ans, c’est le sport de haut-niveau. Elle note de plus en plus de jeunes filles dans les compétitions paralympiques : « Elles assument plus facilement leur handicap, elles n’ont pas honte de ce qu’elles sont, de ce qu’elles peuvent faire. » Et si ces filles sont là aujourd’hui c’est aussi parce qu’une génération d’athlètes féminines a pu les inspirer : « Une grande athlète comme Assia El Hannouni a aussi servi à ça ». Assia, et nul doute, Marie-Amélie qui a très certainement déjà inspiré d’autres jeunes filles. Le message que Marie-Amélie voudrait faire passer avant tout aux jeunes, et en particulier aux filles c’est d’y croire et d’avoir de l’ambition : « N’ayons pas peur de nos ambitions. »

En équilibre

Gérer de front sa vie d’athlète de haut-niveau, de présidente du CPSF et de jeune maman d’une petite fille de six mois demande une organisation millimétrée. Marie-Amélie a toujours en tête que ses choix ne soient préjudiciables ni pour sa fille, ni pour le CPSF. Comme elle le dit, « même si l’équilibre n’est jamais certain, pour le moment, il est bien trouvé. » La retraite sportive, est déjà prévue, après Tokyo, d’ici là, être présidente du CPSF lui apporte une forme d’équilibre mental pour préparer sereinement les Jeux.

Salariée chez EDF, elle bénéficie d’une mise à disposition du groupe, très engagé dans le soutien du mouvement sportif.  Vivant près de Blois, sa semaine se partage entre des aller-retours à Bordeaux où elle s’entraine avec Jean-Baptiste Souche, coach en Equipe de France, Paris pour travailler au CPSF. Le siège du comité étant situé à l’INSEP, elle en profite pour s’entrainer sur place, avec un programme concocté par son coach. Et Blois où sa vie est partagée entre entrainement, avec son préparateur physique Steven Huet, et vie de famille. Sa condition d’athlète de haut-niveau l’oblige à ne jamais débrancher complètement : « Je ne peux pas me coucher à pas d’heure. Je ne peux pas mal manger. J’ai une rigueur de vie 24h/24, tous les jours de l’année. Nous n’avons jamais de moments vraiment off avec mon mari, à la longue c’est pesant, on peut aspirer à autre chose. » Pourtant, son mari présent à ses côtés, l’épaule sans relâche « Il pallie à mes absences, il sait ce que c’est que d’avoir des passions dans la vie ».

Pour Marie-Amélie, l’entourage c’est constitutif : « Quand on fait des choix dans sa vie sportive, personnelle ou professionnelle, il suffit d’être bien entourée, d’être alerte aux bonnes rencontres. J’essaie d’être alerte. » Une alerte qui lui a depuis toujours bien réussie.

* la catégorie T64 : est réservée aux athlètes amputés d’un membre inférieur, sous le genou, et courant avec une prothèse.