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Pourquoi je cours : “impossible n’est pas sourd”

Nicolas est sourd, et depuis plus de quinze ans son handicap ne l’empêche pas de courir, au contraire. Du marathon de Paris aux courses les plus exigeantes du monde, longues de parfois plusieurs centaines de kilomètres, Nicolas court pour se dépasser et prouver qu’« impossible n’est pas sourd ».  

Comment vous êtes-vous mis à courir ?

J’adore le sport depuis tout petit, j’ai fait du foot, de l’athlétisme, du tennis, du basket… et je faisais surtout du foot dans un club spécialisé pour les personnes sourdes, j’ai pu faire partie de l’équipe de France et j’ai même pu participer aux Deaflympics avec cette équipe de France. Malheureusement je me suis blessé, je me suis fait deux ruptures des ligaments croisés aux deux genoux consécutivement, donc j’ai arrêté le football. Mais je ne pouvais pas me résoudre à arrêter le sport, donc j’ai cherché une autre voie, et c’est comme ça que j’ai commencé la course à pied. On m’a proposé de participer aux 20km de Paris. Je me suis dit que ça faisait beaucoup, et puis finalement j’y suis allé, et ensuite j’ai fini par m’orienter vers le trail assez naturellement, et ça va faire maintenant plus de dix ans que je cours !

C’est une pratique qu’on peut qualifier d’extrême, comment tu l’allies avec ton handicap ?

Je veux montrer qu’on peut faire comme les autres ! Par rapport au Marathon des Sables, au début tout le monde me disait ‘mais non ça va pas être possible…’ ils avaient peur que je me perde dans le désert en fait, effectivement normalement il y a des systèmes de repérage sonore, des sifflets pour orienter les participants. J’ai rassuré tout le monde, j’ai expliqué que j’avais le même cerveau que quelqu’un qui entend bien, les mêmes jambes, le même cœur, et que je n’entendais pas mais que je pouvais quand même courir cette course. Il y avait plusieurs étapes et avant chaque départ on nous briefait sur les éventuels dangers, les difficultés… et je pouvais poser mes questions comme tout le monde car il y avait un bénévole qui connaissait la langue des signes, et qui pouvait me permettre d’échanger. On a donc été quand même trois sourds à aller au bout, ça a été beaucoup d’émotions à l’arrivée, mais voilà finalement « impossible n’est pas sourd » ! Ce genre d’aventure c’est l’occasion de dire aux autres sourds qu’ils peuvent avoir accès à ces pratiques-là, comme tout le monde.

La course à pied c’est souvent l’occasion de courir pour des causes, tu l’as déjà fait ?

  Oui tout à fait, il y a beaucoup de marathon ou de marathoniens qui soutiennent des associations. Par exemple en 2013, j’ai un ami à qui on a diagnostiqué un cancer. Il voulait créer une association pour avoir un plus grand accès pour les sourds aux informations sur le cancer, car beaucoup se sentent démunis, il y a peu de communication sur le sujet, que chez les gens qui entendent bien… et ça le rendait nerveux car parfois il avait peur de ne pas comprendre, il avait du mal à échanger avec les médecins également. Donc on a organisé une course en montagne à La Plagne, en Savoie, pour soutenir la Ligue contre le cancer. Ça nous a permis de récolter 7600€ de dons, ce qui était assez exceptionnel pour une organisation comme ça, on a vraiment vu un grand mouvement de solidarité par rapport à ce projet-là, 23 000 personnes nous suivaient sur une page facebook, je pense que ça a aussi donné beaucoup de courage à mon ami, on a pu courir ensemble… et c’est vrai que la solidarité c’est quelque chose d’essentiel. Aujourd’hui il nous a quittés, mais son association a vu le jour et continue à se développer… ça illustre bien le fait que la course à pied est vraiment un milieu solidaire avec de belles histoires. 

Tu as une préparation spécifique quand tu prépares un marathon ?

La première fois pour les 20k de Paris en 2006 ça remonte, je n’avais aucune expérience, je ne savais pas ce qu’il fallait comme matériel alors je me suis documenté, j’ai fait des recherches… sur place je regardais les coureurs, et je voyais bien que j’étais un petit peu en décalage, puis j’ai emmagasiné les informations au fur et à mesure, je me suis renseigné sur des programmes d’entraînement pour progresser, on se rend compte que c’est vraiment important de planifier une préparation en amont, parce que ne pas faire de préparation c’est pas une bonne idée.

Paris 2024 va organiser le Marathon Pour Tous Paris 2024, sur le même parcours que le marathon olympique, est-ce que ce serait une source de motivation ? 

Ce serait super ! c’est une super idée je trouve. C’est vrai que quand j’ai entendu parler de cette histoire de marathon ouvert au public, je trouve ça absolument formidable, ça veut dire qu’on peut tous faire cette course-là, c’est vraiment une idée géniale à développer, et ce serait vraiment formidable d’y participer ! 

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