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Samir Souadji : Prendre de l’altitude

Samir Souadji, éducateur à Tremblay-en-France, emmène des jeunes de Seine-Saint-Denis en haute-montagne. Une aventure unique, qui booste leur insertion professionnelle. 

« Fraternité » : c’est le nom d’une cordée de jeunes partie hisser le drapeau de la Seine-Saint-Denis dans la chaine de l’Himalaya. Onze jeunes du 93 que d’autres auraient plutôt vu composer une équipe de foot. Samir, leur éducateur, leur a permis de réaliser un rêve qu’ils n’avaient même pas osé formuler : gravir le Kalla Pattar, un sommet de 5545 mètres qui offre une vue unique sur le versant est de l’Everest. Grâce aux compétences et à la motivation dont ils ont fait preuve, tous ces jeunes ont décroché un emploi à l’issue de leur périple. 

Samir Souadji au sommet d'une montagne regarde les nuages en buvant dans sa gourde
Samir Souadji © Salim Hamidi

Samir a plus de 25 ans d’expérience dans l’accompagnement social et professionnel en Seine-Saint-Denis. C’est en travaillant avec des mineurs délinquants qu’il prend conscience du pouvoir éducatif du sport. Se défouler, transformer la violence, apprendre des règles ; le sport devient un outil de choix dans sa mallette d’éducateur. 

Mais avec une exigence : celle de sortir des facilités et des représentations qui collent à la peau « Le sport est émancipateur, mais pas si on assigne les jeunes aux mêmes pratiques : foot, boxe, etc. On a fini par leur faire croire qu’ils n’avaient accès qu’à ça ».

Elargir les horizons

Samir veut leur offrir de la perspective, de l’altitude, du dépaysement. Prouver à ces jeunes que le sport est un terrain d’expression suffisamment vaste pour ne pas se sentir obligé de rejoindre l’équipe du grand frère et devenir un numéro au sein d’une équipe . 

Ce sera donc les sports de plein air. Trekking, parapente, rafting, escalade. Avec un lieu de prédilection, la montage. « L’été dans les quartiers, c’est soit retour au bled, soit vacances à la mer. J’ai voulu leur proposer autre chose, les challenger sur un autre terrain ». 

Au début, sa proposition rencontre des réticences. Pas facile de casser les codes. Mais Samir en fait une aventure personnelle. Il commence à pratiquer, se construit un réseau, et parvient à créer un pont entre le monde de la montagne – fermé, relativement élitiste – et celui des quartiers.

Un sommet pour l’emploi

Samir a cette intuition : la montagne est un tremplin vers l’insertion professionnelle. En 2014, dix ans après avoir fondé l’association APART, il crée le dispositif « Un sommet pour l’emploi ». Le principe: accompagner un groupe de jeunes dans l’expédition d’un sommet, au terme d’une préparation physique et mentale d’un an, et travailler parallèlement sur leur projet professionnel, en lien avec des entreprises qui leur proposent un emploi à la clé.   

Car toutes les compétences acquises sur la préparation d’un trek peuvent être transposées dans le monde du travail : endurance, sens de l’effort, capacité à se fixer des objectifs, à tenir le rythme. Un moyen de remobiliser les jeunes, de les convaincre de leur valeur. Une façon de prouver aux employeurs  que ces jeunes, qui n’ont pas forcément les codes et les diplômes, possèdent en revanche des valeurs et des savoir-être qui se révéleront précieux en entreprise.      

En 2015, c’est donc dans la chaîne de l’Himalaya qu’APART lance sa première cordée. Trois ans plus tard, six jeunes prennent d’assaut le Kilimandjaro. La prochaine expédition menée par Samir aura lieu au Chili, en mars 2021.

A chaque fois, le résultat est puissant. Les jeunes reviennent transformés. Mohammed, qui a gravi le Kilimandjaro, à l’impression d’étouffer quand il rentre dans son quartier. Souleymane s’est découvert une passion pour l’écriture  « Quand je le croise, il a toujours son carnet avec lui, dit Samir. Il veut publier un livre. » 

Et la promesse d’emploi est tenue. Les entreprises sont prêtes à accueillir sur des postes bac +2 ou +3 des jeunes qui n’ont pas le bac, mais qui ont démontré l’étendue de leur motivation et de leurs qualités en gravissant des montagnes. « Cette ligne sur leur CV, elle fait toute la différence. Certains ont eu des entretiens d’embauche qui tournaient exclusivement autour de leur trek au Népal ! » 

Déplacer des montagnes

Gravir les plus hauts sommet du monde, un objectif à portée de tous ? « On ne leur fait pas miroiter l’impossible, mais oui, on veut qu’ils se donnent des ambitions. Et on leur en donne les moyens. Chaque séance d’entrainement est l’occasion de faire le point sur le projet professionnel. » 

Plus que le sommet, c’est l’ascension qui compte. Tout le monde peut participer. Filles, garçons, quelle que soit la condition physique.    

Hassan était en surpoids, et tout le monde se doutait qu’il ne pourrait pas aller jusqu’au bout. Mais tout le monde l’a soutenu pour qu’il aille le plus loin possible. Il s’est hissé à 4600 mètres, porté par son mental et par l’équipe. Quand il est revenu dans son quartier, le regard sur lui avait changé.   

Et pas besoin de partir à l’autre bout du monde. « Fontainebleau, c’est à une heure de Tremblay. Une forêt, des rochers, la nature ; la possibilité de faire un pique nique ou du bivouac. A une heure de chez eux, et pourtant, il n’y vont jamais ! »   

La montagne pour se découvrir et prendre confiance en soi. Le sport pour démontrer des compétences qu’on ne soupçonnait pas. 

« Il faut le dire aux jeunes, appuie Samir. Tu crois que tu n’as aucun atout pour intégrer une entreprise. Et pourtant, tu es capitaine de ton équipe. Tu motives, tu coaches, tu prends des responsabilités. Voila, tu seras un bon manager. »